La cuisson

La cuisson reste l’opération la plus importante et la plus délicate de la fabrication des poteries. La plus importante parce qu’elle donne aux objets leur qualité et leur aspect définitifs. La plus délicate parce qu’elle exige l’emploi de températures élevées obtenues dans un four.

La cuisson a pour but :

  1. de déshydrater l’argile et de lui donner la résistance nécessaire à son usage,
  2. d’amener la fusion des émaux et le développement des couleurs.

Le four

L’Atelier du grand large est équipé d’un four-cloche, à flammes renversées, de 700 litres, qui fonctionne au gaz propane. Sans vouloir faire de science, sachez que l’on appelle combustion la combinaison d’un corps combustible avec de l’oxygène. Cette combinaison s’accompagne d’un dégagement de chaleur.

Dans le cas qui nous préoccupe, le corps combustible est le carbone. L’oxygène nécessaire à la combustion est emprunté à l’atmosphère ambiante. Pour obtenir un maximum de rendement, on a intérêt à fournir au combustible la quantité d’air juste nécessaire. S’il est en excès, il y a échauffement inutile de la partie inemployée, s’il est en quantité insuffisante, il y a départ dans la cheminée de gaz non brûlés. Dans les 2 cas, c’est une perte de chaleur et un gaspillage d’énergie.

Le réglage de la combustion s’effectue au niveau des brûleurs (gaz + air primaire), au niveau de la sole du four ( air secondaire ) et au niveau de la cheminée (registre de tirage).

Utilisation du four

La cuisson des poteries exige 3 opérations successives ; la mise en place des objets sur les étagères du four, la cuisson proprement dite, et l’enlèvement des objets.

L’enfournement

Il s’agit de placer dans e volume intérieur du four le plus grand nombre de pièces possible en ne gênant ni la circulation des flammes, ni le tirage. La répartition de l’enfournement doit également permettre une bonne dispersion de la température.

Les objets crus peuvent s’empiler sur les plaques d’enfournement et se toucher. Les objets émaillés sont obligatoirement séparés et disposés sur une couche d’engobe réfractaire constituée pour moitié d’alumine calcinée et pour moitié de kaolin. Ainsi une petite coulure d’émail n’attachera pas au matériel mais seulement à cette pellicule blanche d’engobe.

Bien entendu je ne dispose dans le four que des objets crus, ou des objets émaillés sur dégourdi. Le four plein, la cloche est abaissée sur la sole, j’allume les 2 premiers brûleurs sur les 4 existants.

La cuisson proprement dite

Elle se divise en 3 périodes distinctes : le petit feu, le grand feu, et le refroidissement. La 1ère phase de la cuisson (ou petit feu) a pour effet de déshydrater l’argile. S’agissant de poteries crues, vous savez que celles-ci contiennent une proportion variable d’eau de constitution qui ne s’élimine qu’entre 200 et 500°C, environ. Le feu doit être conduit d’autant plus lentement que les objets enfournés sont plus épais ou à texture serrée. Pour que la température s’élève progressivement et sans arrêt on augmente peu à peu la pression du gaz aux 2 premiers brûleurs.

La 2ème phase de la cuisson (ou grand feu) est la période pendant laquelle l’argile acquiert sa dureté de dégourdi (ou de biscuit). Les 4 brûleurs sont alors en fonction. C’est aussi par grand feu que l’émail entre en fusion, se nappe et adhère au tesson.
Il faut un peu d’habitude et de rigueur pour faire en sorte que la température se répartisse au mieux entre le haut et le bas du four, pour que l’atmosphère de cuisson ait la composition souhaitée (oxydante ou réductrice), pour enfin arriver à terme sans dépense exagérée de gaz.
On cherche surtout à atteindre rapidement et sans à-coups la température de cuisson.

La 3ème phase de la cuisson est son refroidissement. Comme les poteries sont toutes plus ou moins sensibles aux variations de température, il convient d’employer les mêmes précautions pour le refroidissement que pour l’échauffement.
On arrête le gaz, on coupe le tirage en fermant le registre de la cheminée, et l’on bouche les orifices apportant l’air secondaire au four. Le refroidissement dure en général 24 heures.

Le défournement

Je procède au relevé de la cloche du four lorsque la température est descendue en deçà de 200°C. Il faut éviter les courants d’air, les chocs thermiques qui font se fêler les objets et tressailler l’émail.

Mesure des températures

Il est possible, bien qu’avec une certaine dose d’incertitude de juger de l’état d’une cuisson en cours par la couleur du feu, ou plus exactement par l’éclat des objets placés dans le four. Un regard aménagé dans une paroi de la cloche permet ces observations :

  • On estime le rouge naissant à 525°C
  • rouge sombre à 700°C
  • cerise naissant à 800°C
  • cerise à 900°C
  • cerise clair à 1000°C
  • orange foncé à 1100°C
  • orange clair à 1200°C
  • blanc à 1300°C
Le four de l’Atelier est équipé d’un pyromètre relié à un cadran. C’est un indicateur de température d’une relative précision.
Mais la méthode la plus fiable consiste dans l’emploi de montres fusibles. Ce sont de petits cônes triangulaires formés d’un mélange de minéraux réputé fondre à une température très précise. L’industrie en produit toute une gamme échelonnée de 20 en 20°C. On les place dans le four à hauteur du regard.

Défauts de cuisson

Ils sont nombreux et variés, et susceptibles de survenir aux différents stades d’une cuisson.
Au petit feu, il se produit surtout des fentes ou des destructions brutales en petits éclats. Cela provient d’un échauffement trop rapide des poteries lorsque celles-ci sont très épaisses et non chamottées, ou insuffisamment sèches à cœur, ou qu’elles comportent des inclusions de poches d’air.
Au grand feu, les variations d’atmosphères ont une incidence sur l’émail. Les défauts les plus fréquents de la couche vitreuse sont les bulles et les retirements qui nécessitent, si l’objet le permet, une recuisson.

Au refroidissement, c’est la propriété de tous les corps à se contracter qui s’exprime, à l’inverse de l’augmentation de volume ( ou dilatation ) que produit la chaleur. Une arrivée d’air trop froid, notamment par la cheminée, peut provoquer des fêlures. Celles-ci se distinguent des fentes de cuisson parce qu’elles sont très fines, peu visibles, et se prolongent très loin dans la paroi de l’objet.
Chaque technique de fabrication est sujette à des défauts spécifiques qu’il convient de prévenir en amont, lors du façonnage ou de l’émaillage.

En conclusion, participent au résultat d’une cuisson, la qualité des matières premières et des pièces enfournées, l’expérience du cuiseur, le temps qu’il fait dehors et son influence sur le tirage, etc…, etc…
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