L’argile à grès

Le grès apparaît en Chine sous l’empire des Han, au 3ème siècle avant J.C. En France, les potiers du Beauvaisis et de Puisaye en Bourgogne pratiquent cette technique dès le 15ème siècle. Les artistes la redécouvrent avec passion à la fin du 19ème siècle.
Les argiles grésantes se distinguent des autres « terres cuites » et « faïences » par leur composition minérale, leurs contraintes de façonnage et leur qualité finale, après cuisson.

Le matériau

Les terres à grès naturelles se composent de matières argileuses sédimentaires, de beaucoup de silice, de feldspaths divers, de composés de fer et de quelques particules organiques. C’est une terre plastique qui se vitrifie ( de l’intérieur ) aux environs de 1300°C. A cette température, la pâte acquiert une grande résistance mécanique. Son tesson devient opaque, dense, imperméable et coloré.

Néanmoins, l’expérience nous apprend qu’il convient mieux, avant de cuire à haute température, de faire subir au grès une 1ère cuisson, dite de « dégourdi » entre 960°C et 980°C. Cette opération permet d’éliminer l’eau chimiquement constitutive de l’argile, de réaliser un dégazage des particules combustibles et de procéder sans dommage à l’émaillage des objets.

Les contraintes de fabrication

La fabrication exige l’utilisation d’une pâte appropriée selon l’objet à réaliser et la mise en œuvre technique de façonnage :
  • Un grès lavé pour le tournage de petits récipients, ou de vaisselle,
  • Un grès chamotté pour l’estampage de pièces plus importantes ou dès lors que l’on envisage de travailler en épaisseur. Il faut choisir la granulométrie de la chamotte en fonction de l’objet à réaliser et de la technique mise en œuvre pour cela,
  • Un grès atomisé pour le coulage dans des moules en plâtre.

  • Les grès sont des pâtes fermées. Les grès de Puisaye, par exemple, prennent un retrait d’environ 7% au séchage, et un 2ème retrait du tesson d’environ 8% entre 1100°C et 1300°C. (NB : 7 + 8 = 15% au total !! ). Ce matériau nécessite donc de grandes précautions lors du façonnage et du séchage pour éviter les fentes et les déformations.
    L’important retrait de l’argile à grès permet d’utiliser les objets au quotidien, de les mettre au lave vaisselle ou au micro-ondes sans dommage. Néanmoins, un tesson vitrifié redoute les chocs thermiques de plus de 200°C d’écart.
    Un engobe blanc, de type porcelaine peut s’appliquer en couche de faible épaisseur sur les objets à la consistance du cuir, c’est à dire à mi-séchage. Ceci a pour effet de produire un tesson plus clair et de modifier le rendu coloré de l’émail.

    Les techniques de fabrication des volumes

    Le grès autorise bien des techniques de mise en œuvre selon les qualités esthétiques recherchées et les moyens matériels dont vous disposez. Le modelage au colombin offre une grande liberté de travail. On n’est pas tenu, en effet, de faire des pièces symétriques au colombin. Le modelage à la plaque est un autre procédé particulièrement simple. Soudez les croûtes à la barbotine et maintenez-les en position à l’aide de supports rigides (planchettes de bois). L’estampage sur gabarits nécessite de choisir une forme existante rigide ou d’en confectionner une en carton ondulé, en polystyrène, en plâtre ou en bois. Si le gabarit s’avère non-poreux, n’oubliez pas d’intercaler entre ce dernier et la croûte un tissu légèrement humide. Le tournage exige un apprentissage patient et beaucoup de pratique. Le tour reste néanmoins un excellent outil qui confère aux objets une qualité esthétique particulière où la ligne courbe règne en maître.
    Le moulage sur des formes en plâtre à ciel ouvert, en creux ou en bosse, le coulage de barbotine défloculée dans des moules en plâtre fermés, le calibrage à l’aide d’un profil, le pressage, sont également des opportunités techniques de mise en forme de l’argile à grès.

    Les effets de surface

    Un objet céramique séduit tant par son volume que par le décor apparent qui, d’emblée retient l’attention. De ce point de vue le grès se prête à une large gamme de traitements.
    Après avoir opté pour le procédé de fabrication de votre œuvre, penchez-vous sur sa qualité de surface, c’est à dire sur la finition de l’objet. Celui-ci doit-il rester lisse ? avoir une texture particulière ? porter un décor ? recevoir seulement un émail, et lequel ? Il est important de porter des réponses avant même de prendre une motte d’argile Ainsi, choisissez un grès chamotté pour que sa rugosité fasse vibrer la couleur de l’émail. A l’opposé, prenez un grès lavé si vous envisagez de le poinçonner de faire des ajours ou d’y poser un décor en réserve d’émail. Selon vos choix, n’oubliez pas qu’une part du travail de surface se fera sur cru et une autre sur dégourdi.

    Les émaux de haute température

    A l’atelier, nous fabriquons nous même les émaux de grès à partir de recette préétablies. Menez ce travail avec rigueur en respectant le dosage précis des ingrédients secs ainsi que la quantité d’eau à ajouter. Appliquez les consignes d’hygiène et de sécurité lors des manipulations : par exemple, avant toute chose, étalez sur la table de travail quelques feuilles de papier journal.

    Caractéristiques générales de l’argile à grès de St Amand en Puisaye

    Grès « GSA T40 » terre naturelle extraite de la carrière des Beaux Arts par SOLARGIL
    Analyse chimique % :
    • Silice ……….66,30
    • alumine……….20,10
    • oxyde ferrique…1,41
    • titane………..0,80
    • magnésium……..0,15
    • calcium……….0,22
    • potassium……..1,68
    • sodium………..0,32
    • manganèse……..0,02
    • Perte au feu……………….9,00 %
    • retrait d’humide à sec………4,8
    • retrait de sec à cuit 1280°C…7,4
    • Température de cuisson ……..1250°-1300°C
    Grès de tournage « GT100P » de CERADEL:
    Composition chimique % :
    • Silice………..68,02
    • alumine……….19,60
    • oxyde de fer…..1,37
    • titane………..1,01
    • magnésium……..0,49
    • calcium……….0,16
    • potassium……..2,04
    • sodium………..0,13
    • divers ……….0,20
    • Perte au feu……………….6,80
    • retrait au séchage………….6,5
    • retrait séchage + cuisson……16,5
    • Température de cuisson………1250°-1280°C
    NB : toutes ces données sont évolutives en fonction de l’exploitation des carrières.