L’argile cellulosique – Identité et mise en oeuvre

La pâte préparée et laissée à l’air libre durcit rapidement. Elle devient légère et compacte sous l’effet d’un réseau de fibres « habillées » par l’argile. Cela a pour conséquence de permettre des manipulations aisées, un travail fin des parois ou des croûtes, la maîtrise des affaissements, des créations solides au stade de pâte verte. Le polissage de surface ne pose pas de problème particulier.

L’argile cellulosique est un matériau à part entière qui permet de réaliser par collage et soudure de multi – couches des volumes importants comme des formes sculpturales.
Veillez toujours à stocker les pâtes et barbotines contenant de la cellulose à l’abri de l’air pour éviter une activité bactérienne trop intense, néfaste à sa qualité.

La cellulose participe à l’amaigrissement de la pâte, expliquant en cela son durcissement rapide. L’évacuation de l’eau de plasticité lors du séchage de l’argile s’effectue grâce à la porosité des nanoréseaux de fibres de cellulose.
Le préchauffage des pièces en cours de construction s’en trouve alors grandement facilité. La sensibilité aux chocs thermiques étant très atténuée, les contractions et dilatations à la chaleur sont bridées. Ainsi, vous pouvez, pendant le façonnage de la terre crue, durcir par étapes au décapeur thermique, les éléments d’une grande pièce modelés en continu.
Décorez, engobez, émaillez : traitez les objets achevés dans leur forme comme habituellement avec l’argile standard initiale.

Les possibilités offertes par le matériau

La pâte crue séchée s’avère particulièrement solide. Elle permet de créer des pièces uniques qui, laissées crues, décorées ou non aux engobes seront protégées par un enduit transparent. Il est également concevable de travailler une terre polie qui, engobée à l’état de consistance du cuir, sera mise à sécher puis patinée ou cirée comme un meuble.
L’argile cellulosique, surtout chamottée fine, est une excellente terre à raku.
L’un des intérêts majeurs de ce matériau reste la possibilité de retours sur tous les stades de sa mise en œuvre et de sa transformation. Ainsi vous pouvez assembler par collage à la barbotine cellulosique :
  • de l’ argile cellulosique sur de l’ argile cellulosique
  • de l’ argile cellulosique sur de l’argile standard de base
  • de l’ argile cellulosique sur une pâte humide et souple
  • de l’ argile cellulosique sur une pâte à mi-séchage
Vous pouvez encore oser des assemblages :
  • D’ argile cellulosique souple ou déjà sèche sur de l’ argile cellulosique sèche. Dans ce dernier cas, soudez les éléments à la barbotine épaisse et n’hésitez pas à sécher profondément au décapeur thermique,
  • Le contact continu entre pâte et soudure peut être remplacé par des points de barbotine épaisse écrasée ou par des chevilles de pâte enrobées de barbotine à travers quelques trous percés dans la pièce,
  • Les assemblages d’ argile cellulosique sur argile cellulosique déjà cuite sont plus aléatoires. Les soudures nécessitent alors un ajout de fritte ( jusqu’à 50%) à la barbotine de collage.

Argile cellulosique G. Hay

Les structures de soutien

Lors de la conception d’une œuvre, des tubes ou plaques d’ argile cellulosique durcis remplacent avantageusement les différents supports utilisés ordinairement pour le maintien de la construction : ils feront partie de la pièce, sans avoir besoin d’être retirés. De plus, par un séchage rapide au décapeur thermique vous pouvez donner à ces soutiens des formes adaptées à vos besoins.
Du grillage métallique peut servir de support à l’argile cellulosique. Découpez-le et mettez-le en forme selon l’esquisse de la pièce en l’incorporant autant que possible dans une feuille d’ argile cellulosique molle. Là aussi, employez le décapeur thermique pour rigidifier l’ensemble recto-verso. Affinez l’œuvre à mi-séchage en ajoutant si nécessaire textures, empreintes, reliefs etc…
Si tous les grillages et leurs mailles diverses conviennent aux basses températures, réservez l’inox aux pièces de grès ou de porcelaine.

Autres éléments s’incorporant à la terre-papier

Les tissus à trame non serrée, fil de laine ou de coton, de la ficelle (végétale) peuvent être trempés dans de la barbotine cellulosique, puis mis à sécher complètement avant un retrempage pour réabsorption. Répétez plusieurs fois ce cycle « imbiber / sécher » : c’est une façon rapide de réaliser des tiges ou des lanières droites ou courbes solides. Coupez ces dernières aux ciseaux à la longueur désirée. Roulez, aplatissez, pliez ou spiralez ces éléments selon votre convenance puis soudez-les en forme de décors.

Mais attention : au final l’argile cellulosique n’a pas tout à fait la même solidité que l’argile standard dont elle est issue !

1- L’expérience d’architecture des paysans de Colombie

Depuis très longtemps les paysans construisent, en France ou ailleurs, leurs habitations traditionnelles et les bâtiments agricoles en torchis, mélange d’argile locale et de paille déchiquetée, posée sur une ossature de bois (colombage). Les fissures apparues au séchage nécessitent alors un colmatage avec une barbotine composée également d’argile et de végétaux réduits à l’état de pulpe. Ce coulis, plus ou moins perméable, durci fortement et rempli parfaitement les fentes et crevasses tout en renforçant la solidité de l’ensemble d’une construction.

L’architecte Octavio Mendes Morales qui travaille depuis plusieurs dizaines d’années en zone rurale colombienne, a mis au point une architecture de maison entièrement réalisée en torchis renforcé de terre-papier. La résistance aux chocs thermiques des parois et voûtes des édifices est mise à l’épreuve par la mise à feu – intérieur et extérieur simultanément – du bâtiment. La cuisson se fait au bois. Les quelques fissures susceptibles d’apparaître sont fermées ensuite avec un coulis de terre-papier cru.

Extrait d’image filmée, maison réelle

Le hasard d’une rencontre entre architectes et céramistes au Parc des expositions de Saint-Etienne en 2000 a permis aux uns et aux autres d’échanger sur le sujet des maisons-fours comme de nombreuses autres expériences tentées, notamment en Egypte.

2- L’argile cellulosique, création contemporaine

L’intérêt pour ce type de matériau c’est développé très récemment grâce aux informations et relations d’expériences révélées par l’édition de quelques livres, d’articles de revues spécialisées ou d’ateliers de démonstration. Quelques pionniers ont ainsi acquis des savoir-faire personnels tandis qu’un partenariat entre chercheurs scientifiques et céramistes a permis de développer une recherche rationnelle et empirique associant technique et créativité.

« L’argile en folie », œuvre d’Alain Vienney,
l’Atelier du Grand Large, décembre 2007

Les travaux sur l’argile cellulosique sont essentiellement connus aux USA, Canada, Australie, Inde et Nouvelle-Zélande, dès les années 1990, mais fort peu en France. Pour les plasticiens et céramistes créateurs de volumes, ce mélange terre-cellulose offre de quoi se forger une formation d’autodidacte s’appuyant sur son propre désir d’expérimentation : il reste préférable de l’accepter en ce qu’il permet d’oser, oser aller au delà de ses habitudes de pensée et de pratique technique. Cette démarche permet d’apprécier les limites du matériau et de s’en servir hors d’un simple phénomène de mode.
L’argile cellulosique ne remplace pas la terre standard et ses variétés. Elle est un apport contemporain principalement dans la mise en œuvre de l’élaboration des objets, et redevient porteur des modes de traitement habituels en surface de l’argile ordinaire dont elle est issue dès qu’il s’agit d’engobage, d’émaillage et de cuisson.