Battre la terre

La première chose à effectuer avant d’entamer le façonnage, et d’autant plus le tournage d’un objet, c’est de  « battre la terre ». Il s’agit en effet de la phase initiale et décisive pour obtenir une pièce qui ne se déforme pas dans les étapes ultérieures du séchage et de la cuisson et respecte les impératifs techniques ou artistiques de fabrication.

L’argile extraite de la carrière nous arrive après un certain nombre de traitements que le fournisseur lui a fait subir : concassage, délayage, filtrage, passage à la boudineuse – désaéreuse etc… Cette matière première, selon sa nature géologique, contient plus ou moins de kaolinite ( argile pure ) et nécessite parfois l’adjonction d’ingrédients minéralogiques divers ( feldspath, silice, craie, chamotte, oxyde métallique… ) pour aboutir à la fabrication d’un produit d’une qualité constante. Ainsi sont réalisées, par exemple, les pâtes à faïence de synthèse que nous utilisons. L’argile préparée pour la commercialisation est emballée en pains, mise en repos plus ou moins longtemps puis entreposée dans des conditions pas toujours idéales de température, d’humidité, voire de gel.

Alors, sortie de son sac plastique, il est plutôt indiqué de battre la terre… pour l’homogénéiser, pour l’amener à l’état d’isotropie, c’est à dire pour qu’elle ne renferme plus aucune inégalité ni aucune force dans une direction préférentielle ( ces forces sont dues d’une part à la répartition des molécules d’eau entre les molécules d’argile et d’autre part à l’orientation de ces dernières qui sont plates avec la fâcheuse tendance à s’aligner les unes par rapport aux autres et surtout à s’empiler en paquets ).

De plus lorsqu’il s’agit d’une argile recyclée ou de rebuts ayant déjà été travaillés, le battage s’avère obligatoire : il tend à éliminer les poches et les bulles d’air, les fentes, les cavités, les parties dures, les grumeaux, les manques de consistance.

Dans ces conditions, battre la terre doit être vu comme un malaxage qui, à force de mêler toutes les parties, finira par effacer toutes différences.

Le malaxage ne tient pas uniquement du procédé de pétrissage mais également du temps que l’on y passe. Chacun peut ainsi s’affairer sur la table à battre selon son rythme, sa fougue ou sa fatigue afin que la motte de terre subisse nombre d’écrasements, de coupes ( au fil d’acier ), de pliages ou de torsions. Ceci sans qu’il n’y ait, durant toute l’opération, une déperdition trop importante d’humidité due à l’échauffement de l’argile ou à l’absorption du bois de la table.

Et si vous trouvez ce travail «  à la main » trop contraignant, aidez-vous d’une batte ou d’un rouleau en bois.
Des deux méthodes de pétrissage, la première est probablement la plus rapide à apprendre mais la seconde permet de pétrir plus facilement les grosses balles.

1- Les deux mains exercent sur l’argile une pression vers le bas. L’effort est surtout déployé au niveau du poignet.
2- La partie avant de la balle est relevée et les mains la repoussent vers l’avant en la comprimant légèrement.
3- Les mains amorcent un mouvement de va-et-vient.

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